🇫🇷

[GR54] Grand Tour des Écrins en 7 jours

✍🏽 Chafik - 📅 June 2026


En résumé

7 days
🗓
Durée
212 km
🥾
Distance
63:33:27
⏱️
Durée en activité
12,255 m
↗️
D+
12,245 m
↘️
D-
[719 m/2,725 m]
🏔
Altitude [min/max]

L'avant

Le GR54 fait le tour du Parc National des Écrins, l'un des 11 Parcs nationaux que compte la France.

Ce GR® montagnard est accessible aux initiés, fans de grande randonnée. Le "54" enchaîne les étapes soutenues, pimentées de passages techniques. De vallées alpines en cols majestueux, l'itinéraire chemine dans un cadre préservé empreint de haute montagne.

Le GR® 54, est une aventure de 10 à 15 jours d'itinérance pour les plus aguerris.

Ce trek a débuté tôt dans la saison, le 14 juin 2026. Malgré le mois de mai très chaud, et en raison du fort enneigement de cet hiver, l'itinéraire a dû être adapté à certains moments, conformément aux recommandations du dernier bulletin officiel et aux avis glanés au jour le jour sur le terrain, notamment auprès des gardien(nes) de refuges.

Le point de départ du trek se situe dans le petit village du Bourg d'Oisans. Le village dispose d'un parking gratuit, le Parking du Vénéon, situé à deux pas du centre ville. Parfait pour y laisser sa voiture le temps du trek. Niveau pratique, même le dimanche, j'ai pu effectuer les derniers achats (une bouteille de gaz) dans l'enseigne de supermarché aux publicités "gnan gnan", ainsi que retirer du liquide dans l'une des banques de la ville. Pensez-y, car les refuges, fermes et autres petits commerces ne prennent que très rarement la carte bancaire.

Avant d'entrer dans le vif du récit, je souhaite rappeler que s'engager dans un trek de 7 jours, qui dans la théorie en fait entre 10 et 15, nécessite une bonne condition physique. On ne parle évidemment pas d'être un athlète de haut niveau, mais c'est important.

D'autre part, s'engager dans un trek en "hors saison", même si cette dernière est assez précoce, comporte des risques : il reste de la neige à certains endroits, des névés sur des pentes à fort pourcentage, ainsi que des ponts de neige. Encore une fois, il ne s'agit pas d'être un montagnard aguerri - je ne le suis absolument pas-, mais il faut être conscient des risques et faire preuve de vigilance.

Enfin, tous les éléments évoqués ici correspondent à l'année 2026 et ils ne doivent en aucun cas être extrapolés d'une année sur l'autre. Par exemple si un névé est absent à un endroit donné, ça ne veut pas dire qu'il le sera l'année prochaine, même un peu plus tard dans l'année.

Tout ceci étant dit, le gros avantage, et pas des moindres, c'est que je n'ai croisé que très peu de personnes sur les sentiers, ces derniers étant pour la plupart, encore vierges de tout passage.

Aux compagnons de route qui se reconnaîtront dans ce récit, mentionnés avec un surnom, désolé par avance de ne pas avoir mémorisé votre prénom.


Étape
1

Le Bourg d'Oisans ➡️ Plateau d'Emparis (Lac Cristallin)

via La Garde, Col de Sarenne, Clavans-le-Haut, Clavans-le-Bas, Besse
31 km
🥾
Distance
08:13:49
⏱️
Durée en activité
2,473 m
↗️
D+
844 m
↘️
D-
[719 m/2,348 m]
🏔
Altitude [min/max]
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Depuis le Parking du Vénéon, on prend la direction de l'Alpe d'Huez. Après un peu de route plate, on rejoint les sous-bois afin d'entamer la montée. C'est assez pentu dès le départ, de quoi se mettre bien en jambes pour commencer cette journée et ce trek.

Au fil de la montée, on rejoint parfois la route. Bien que le cyclisme paraisse toujours un peu élitiste, je constate qu'il y a vraiment tous les profils qui font cette montée mythique. Je m'amuse donc à encourager à chaque fois que le sentier traverse la route. J'en croise certains plusieurs fois, et nous échangeons des sourires amicaux. On ne pratique pas présentement le même sport, mais on se comprend.

Très rapidement, on entre définitivement en forêt jusqu'à atteindre le Pont Romain qui enjambe La Sarenne. J'y croise deux randonneuses qui prennent l'ombre (on les reverra plus tard) ainsi que deux hommes : l'un roupille alors que l'autre semble essayer de pêcher le poisson pour midi. Un peu plus loin, je m'installe sur un caillou pour casser la croûte comme on dit. Mais je ne m'éternise pas car je suis embêté par des racailles.

Après avoir longé La Sarenne qui apporte un peu de fraîcheur, on arrive sur une large route forestière. J'ai fait ma première erreur ici : j'aurais dû prendre la "variante" qui mène à la Croix de Cassini. Ce n'est certes pas sur le GR, ça ajoute du dénivelé et des kilomètres, mais c'est probablement plus sympa que la montée vers le Col de Sarenne sur la route.

En lot de consolation, il reste des cyclistes avec qui bavarder (oui, certains montent très lentement). Le vent souffle très fort en haut du col. J'en profite tout de même pour rejoindre le point culminant donnant un panorama grandiose sur tous les monts aux alentours et notamment La Meije.

J'entame la descente vers les Clavans. Elle n'est pas si simple qu'elle n'en n'a l'air : elle est en plein soleil, est assez pentue et assez caillouteuse. Attention aux chevilles. Les petits villages de Clavans-le-Haut et Clavans-le-Bas sont naturellement très calmes en ce début d'après-midi. Ils possèdent tous les deux des fontaines d'eau potable qui permettent de refaire les stocks d'eau (je n'ai que 2 gourdes d'1L chacune).

La montée vers Besse est également assez pentue. Je me récompense avec une petite glace, refait les stocks d'eau et m'engage dans la montée vers le Plateau d'Emparis. Notez qu'on le retrouve aussi nommé Plateau de Paris sur certaines cartes anciennes, affichées notamment à l'Office de Tourisme du Bourg d'Oisans. Mais je n'ai pas su trouver l'explication. À la sortie du village, deux anciens m'interrogent : "Oh petit ça va ? Pas trop chaud ?". Un peu. D'ailleurs je note que l'accent commence doucement à chanter.

Un peu plus loin, il y a une aire de bivouac, mais il est encore trop tôt donc je continue. Je dois avouer avoir quelque peu maudit ce choix arrivé à un certain point de la montée vers le Plateau, car il faisait très chaud et que je devais économiser l'eau pour le soir ainsi que pour le lendemain matin.

Après avoir traversé les tourbières du plateau (où le bivouac est interdit) je vois le Lac Cristallin. C'est ici que je bivouaquerai pour la nuit. Notez que le lac n'est pas sur le GR, il faut tourner à droite pour s'engager sur le plateau. Un petit détour qui en vaut largement la peine.

En préparant à manger, je vois un gars arriver. Il est là pour un tour de deux jours depuis La Grave. Nous discutons un peu et filons vite au lit car le froid et le vent deviennent saisissants lorsque le soleil disparaît.


Étape
2

Plateau d'Emparis (Lac Cristallin) ➡️ Col d'Arsine

via Lac Noir, Lac Lérié, La Grave, Villar d'Arêne, Alpe de Villar d'Arêne, Refuge de Chamoissière, Lacs du Glacier d'Arsine
32 km
🥾
Distance
09:53:43
⏱️
Durée en activité
1,320 m
↗️
D+
1,403 m
↘️
D-
[1,458 m/2,482 m]
🏔
Altitude [min/max]
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Au réveil, les oiseaux chantent, les marmottes courent, les bouquetins descendent des rochers d'en face et le soleil commence à illuminer le visage. Même si la nuit a été fraîche, je crois que j'ai connu pire.

En me remettant en marche, je constate que mon camarade de bivouac n'avait pas de réchaud et que je ne lui ai même pas proposé un café alors que nous discutions. Je m'en suis voulu. Désolé Rayane, si tu lis ces mots.

Comme indiqué précédemment, les lacs du plateau ne sont pas sur le GR. Je continue donc le petit détour (cf. carte) pour voir le Lac Noir ainsi que le Lac Lérié. Et évidemment, une fois n'est pas coutume, le Lac Noir me donne le fameux sentiment "Mince j'aurais dû pousser jusque là". Le plateau est le paradis des marmottes qui gambadent de tous les côtés.

Quiconque a marché en montagne, a entendu ce petit cri qu'elles poussent lorsqu'on approche. Mais cette fois, ce n'est pas le même que j'ai entendu. Il était bien plus fort et en choeur. En regardant dans le ciel, je vois un rapace qui plane au-dessus de nos têtes, avant de brusquement piquer vers le sol ! Heureusement pour les marmottes, très alertes, il a raté son coup !

La descente jusqu'à La Grave est buccolique et ne présente aucune difficulté. Je profite de la Fontaine des Salomon au Chazelet pour faire la vaisselle, un brin de toilette ainsi que les stocks d'eau.

Petit aparté sur la vaisselle et la toilette : les fontaines de village ne sont pas faites pour ça. Il convient donc de ne pas les faire à même la fontaine, au risque d'y laisser des résidus de nourriture ou pire, du dentifrice flottant. Afin de respecter les autres, on prend de l'eau et on fait ça sur le côté.

Notez que les églises de chacun des villages traversés depuis ce matin sont magnifiques. Toutes de pierres bâties, elles semblent être sculptées à même la roche plutôt que construites de manière conventionnelle. L'ingéniosité et le goût des bâtisseurs est certain. De même, notez le petit chapeau sur les croix dans le cimetière. J'ai supposé que c'était pour éviter que la neige s'accumule sur la branche horizontale mais si quelqu'un a la réponse, je suis curieux de savoir, n'ayant trouvé aucune âme qui vive dans le village pour demander.

Le dernier village, celui de Villar d'Arêne n'est pas strictement sur le GR non plus. Malgré le fait qu'il faille descendre puis monter une sacrée pente, je m'y engage tout de même afin d'avoir 2L d'eau sur moi en permanence. Une fontaine à eau (non étiquetée) est présente au niveau du four. J'ai demandé au garde-champêtre (le gros chat qui mange bien à la cantine) si l'eau était ok, et il m'a assuré que oui. Le soleil frappe fort à cette heure de la journée sur la place centrale donc je redescends pour continuer ma route à l'ombre des arbres.

Je croise d'ailleurs les premiers parisiens du périple. Comment les reconnaît-on ? Par rapport à leur réaction au "Bonjour" de rigueur en randonnée. S'ils se sentent agressés, étonnés ou font simplement la tronche, alors il y a de fortes chances que c'en soient. Et s'ils portent un bob "rigolo", acheté chez Citadium, sur la tête, vous avez le quarté gagnant.

Ayant décidé de ne me focaliser que sur le positif lors de ce trek, j'admire les allées et venues de l'oiseau "module de course", de son vrai nom le cincle plongeur (Cinclus cinclus). Il longe les cours d'eau à toute vitesse et y plonge tête la première pour attraper insectes aquatiques et larves. C'est beau à voir.

Très rapidement, le chemin rejoint la route et un parking d'où semblent partir de nombreux fans d'escalade et d'alpinisme. Je décide de m'installer près de la retenue d'eau turquoise pour déjeûner avant d'entamer la montée. Le temps de la cuisson, je fais trempette pour rafraîchir le corps puis mange rapidement sans m'éterniser, car de nouveau, je suis embêté par la racaille et ses confrères.

Cette montée est l'une des plus belles du trek, avec la Romanche qui bat son plein, les plantes, les fleurs et toute la faune qui semblent être aux anges. L'eau coule pour aller donner la vie en bas, j'ai envie de verser une larme. Je dois d'ailleurs être en arrière-plan flou artistique de la photo d'une touriste allemande qui a bien bombardé lors de mon passage devant un par-terre de fleurs. Ou peut-être qu'elle m'a enlevé avec l'IA ? On ne saura jamais.

Arrivé à la bifurcation menant aux refuges d'altitude (Pavé et Adèle Planchard), j'ai une petite hésitation. Et si ? Puis je constate que je suis déjà à 22km, que les gourdes sont presque sèches, que l'Aup Martin est inaccessible alors qu'il n'est "qu'à 2800m", que je suis nullement équipé au cas où, que je suis seul et que surtout je ne connais pas... Bref heureusement, la raison l'emporte. Un peu plus loin, je me moque de moi-même rien que pour le fait d'avoir hésité.

Je monte donc tranquillement vers le chemin "normal", avec une halte au Refuge de Chamoissière, où malgré le fait qu'il ne soit ouvert que le week-end pour le moment, la gardienne m'a gentiment fait une menthe à l'eau. Elle m'a également montré comment privilégier le Col des Grangettes au lieu du Col de l'Eychauda "bien moins sympa" (on y reviendra). Elle s'est d'ailleurs bien moquée de ma mini-carte, certes moins détaillée, mais bien plus pratique. De plus, elle m'a mis en garde concernant les orages prévus à partir du surlendemain et m'a conseillé de suivre les bulletins de près. Ces informations précieuses enregistrées, je remplis mes gourdes et la quitte.

Avant d'arriver au Col d'Arsine, je fais un détour pour aller voir les Lacs du Glacier d'Arsine. Ce n'est également pas sur le GR, mais croyez-moi, ça en vaut la peine. Un gros névé est encore présent dans la montée, recouvrant en partie le torrent d'écoulement des lacs en surplomb. Comme un idiot, je l'ai contourné par le bas alors qu'il y avait un chemin plus simple par le haut. Mais avant, encore plus comme un idiot, je me suis engagé dessus alors que quelqu'un avait bien pris soin de mettre des pierres pour barrer le chemin. En effet, au bout il y a un gouffre. Bon an, mal an, je monte dans le pierrier sur l'autre rive du torrent, lorsqu'en face je vois un couple, croisé un peu plus tôt, s'engager également sur le névé, en suivant mes traces toutes fraîches. Je crie telle une marmotte qui a vu un aigle, avant qu'ils n'arrivent au gouffre, car ils s'y étaient engagés franchement. Heureusement, ils s'arrêtent à temps et rebroussent chemin.

Arrivés en haut, le paysage est lunaire. Les tourbières traversées un peu plus tôt laissent place aux graviers, cailloux, pierres, rochers et rocs. Je n'avais jamais vu une telle couleur de l'eau dans la nature. Après avoir fait un tour et gambadé sur les pierriers, je constate qu'hormis un petit espace sablonneux, il n'y a que très peu d'endroits pour bivouaquer. Je décide donc de redescendre dans la verdure. Cette dernière se fait en compagnie de Costanza et Rosella, un jeune couple d'italiennes vraiment très sympa, venues de Turin pour la journée. Ça fait du bien aussi de ralentir et d'échanger avec une compagnie agréable.

Lorsque je vois un endroit parfait pour le bivouac, je leur indique que je vais m'arrêter ici. Elle me jalousent, nous nous saluons et elles continuent leur chemin.

Le vent souffle assez fort et le soleil se cache très rapidement (~18h15) donc il fait assez vite froid. Voilà une bonne occasion de rappeler que même si nous sommes en Juin, il peut encore faire très froid en montagne. Il faut donc toujours prévoir un pantalon chaud ainsi qu'une polaire et un coupe-vent dans le packetage, et ce, même si la semaine est prévue "caniculaire". Le téléphone m'a d'ailleurs fait une alerte le lendemain matin, car trop froid.

Une fois le bivouac installé, il ne me reste plus qu'à admirer le panorama grandiose qui s'offre à moi, avec cet arc de montagnes majestueuses, qui au fil des minutes passe du blanc au orange, à mesure que le soleil descend en arrière-plan. Elles me cachent le soleil très tôt sans même me protéger du vent, mais je ne leur en veux pas, car elles sont belles.


Étape
3

Col d'Arsine ➡️ Vallouise

via Le Casset, Le Mônetier les Bains, Pas de l'Âne, Col de l'Eychauda, Col de Curcumelle, Chambran
35 km
🥾
Distance
10:01:22
⏱️
Durée en activité
1,193 m
↗️
D+
2,277 m
↘️
D-
[1,175 m/2,489 m]
🏔
Altitude [min/max]
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C'est parti pour la redescente.

Malgré un peu d'attente à admirer le paysage en me réchauffant les mains avec une bonne tasse de café, le soleil n'a pas encore dépassé la montagne pour sécher la légère rosée qui s'est appliquée sur la tente durant la nuit. Je la secoue donc vivement, l'essuie tant bien que mal et remballe le tout car la journée va être longue. Par ailleurs, comme un enfant, je m'étonne toujours de laisser le soleil partir d'un côté le soir, pour le voir revenir à l'exact opposé le lendemain matin.

La descente a un petit air de Vallée des Merveilles, moins les graffitis des ados préhistoriques ainsi que de nos "Kévin+Jessica" contemporains.

Une marmotte me gratifie d'un sketch digne des plus grands mimes de l'Histoire. Alors que je ne l'avais pas vue, elle déguerpit soudainement dans un vacarme assourdissant... avant de se figer sur un rocher de la même couleur que son pelage... comme si je ne l'avais pas vue. Je pense sincèrement qu'elles nous prennent pour des idiots qui ne sont bons qu'à les chasser mais qui ne les voient, ni ne les entendent pas bien.

Un peu plus loin, je distingue un "ancien" (c'est comme ça que les appelle la gardienne du refuge d'hier) grimper à très bonne allure. "Oh bah j'm'attendais pas à croiser quelqu'un si tôt !" me dit-il. Hé bien moi non plus. Nous échangeons un peu, il me dit avec nostalgie que le bivouac n'est plus de son âge, avant de filer aux lacs du glacier prendre "des jolies photos".

Je profite du Lac de la Douche pour faire un brin de toilette. L'eau est bien fraîche ! À titre de rappel, le savon n'est pas bon pour les cours d'eau, même en dehors des zones protégées. De toute façon, on ne croise que peu de monde, donc on peut s'en passer quelques jours.

Arrivé au petit village du Casset (il y en a plusieurs qui se nomment ainsi sur le parcours), je remplis mes gourdes dans la fontaine en face du gîte Le Rebanchon. L'heure est certes matinale, mais on croise tout de même quelques personnes, qui malheureusement détournent le regard ou regardent leurs chaussures. Je ne m'attarde donc pas et continue mon chemin.

On distingue au loin Le Mônetier les Bains. Même chose, je ne m'y attarde pas car des travaux et la circulation alternée occasionnent beaucoup de nuisances. Je prends juste le temps de jeter les déchets dans les conteneurs à l'entrée de la ville, de prendre une viennoiserie et de me renseigner sur le Col des Grangettes auprès de l'Office de Tourisme. Je n'ai pas eu plus d'informations que cela, la préposée n'étant pas du tout connaisseuse. J'irai donc voir par moi-même.

Le GR n'est pas facile à retrouver après avoir tourné dans le village. Il faut bien suivre la Route des Espagnols, en contrebas. À partir de là, ne vous fiez pas au cadre enchanteur de la forêt car il y a des tronçons qui "tabassent sévère" comme on dit familièrement. On trouve un peu de répit dans le champ de rhododendrons avant de passer la rivière et remonter de plus belle. Un peu plus loin, il faut de nouveau passer la rivière mais ça n'est pas très bien indiqué. Moins périlleux qu'hier sur le névé mais gare aux appuis parallèles aux troncs et sur les roches mouillées. On arrive enfin sur un mini-plateau où on commence à voir les remontées mécaniques qui tournaient à plein régime il y a encore quelques mois. L'été, les stations ont vraiment cet air sinistre de Grèce ou de Brésil après les Jeux Olympiques.

C'est ici qu'il faut faire un choix : Col des Grangettes ou Col de l'Eychauda ? J'opte pour le premier, je tourne donc à droite et commence à monter jusqu'au Pas de l'Âne où je retrouve deux espagnols qui font également le GR. On discute, le plus aguerri, me semble-t-il, que j'appellerai Juan, me dit que le plus dangereux est probablement la pente de l'autre côté. Quand je vois déjà celle de notre côté, ma décision est arrêtée. Lui décide de la tenter, son ami, Luis, est inquiet. On le voit partir, on discute un peu, mi-anglais, mi-français, mi-espagnol, mais je sens qu'il est inquiet et garde un oeil sur son ami qui s'éloigne. Je redescends par où je suis venu, il suivra.

Dans la redescente je croise d'ailleurs un couple qui arrive "en touriste" pour aller au Lac de l'Eychauda, qui est justement de l'autre côté du Col des Grangettes. Je les mets en garde, et je pense, du moins je l'espère, qu'ils ont fait demi-tour.

Je vais jusqu'au Col de Cucumelle pour voir la vue, mais c'est vrai que le passage par le Col de l'Eychauda n'est vraiment pas très joli, et qu'il a largement été défiguré par l'Homme, pour "quelques activités de la montagne en hiver" comme ils disent sur un des panneaux informatifs. Quel doux euphémisme quand on voit la taille du domaine de Serre-Chevalier.

La descente se fait en lacets en rejoignant celle qui vient du Lac de l'Eychauda. Je ne distingue pas Juan. J'espère qu'il a passé le col sans encombres. J'hésite un instant à monter par ce côté pour aller voir le lac, mais me dis que ça n'en vaut pas la peine et que le chemin est encore long.

En bas, on s'engage dans cette longue ligne droite qu'on apercevait d'en haut qui descend doucement vers les villages. On sent d'ailleurs le vent cesser et la chaleur augmenter au fur et à mesure qu'on avance depuis Chambran. Ça sent la Provence, avec les quelques désagréments qui vont avec, lorsqu'on traverse ce semblant de garrigue.

Arrivé à un point, le marquage est par ailleurs très mauvais. On distingue plusieurs marques rouge et blanche qui indiquent tout et son contraire, une histoire d'ancien GR vs nouveau GR qui se mélange à la promenade ludique du nouveau canal... Bref, à revoir. Il faut bien rester sur la route et apercevoir, au niveau des virages en "S", en haut à gauche, le canal qui reprend le long d'un sentier. À partir de là, il n'y a plus de marquage GR, il faut suivre la promenade ludique et enfin Vallouise, indiqué bien tard, après tous les Pelvoux quelque chose.

Vallouise a un petit air de Saint-Étienne de Tinée (sur le GR52). Je m'installe au premier camping que je trouve, qui n'est vraiment pas donné : 17€ pour planter la tente. Mais après 3 jours et une longue journée, une bonne douche fera du bien.

Ce soir, c'est d'ailleurs l'entrée en lice de la France dans la Coupe du Monde, face au Sénégal. Je m'installe donc dans un bar où les jeunes (et les moins jeunes) du coin se rassemblent. Je me souviendrai du gars qu'on surnomme "Tartif". Face à cette première mi-temps aussi mauvaise que la marquage de la fin d'étape, je vais me coucher, pour repartir en pleine forme le lendemain matin.

Vous l'aurez compris, c'est d'après moi, l'étape qui rend le moins honneur à ce magnifique GR, toutes proportions gardées, bien évidemment.


Étape
4

Vallouise ➡️ Pré de la Chaumette

via Puy Saint Vincent, Col de la Pousterle, Vallon du Fournel, Pas de la Cavale
30 km
🥾
Distance
08:15:18
⏱️
Durée en activité
1,932 m
↗️
D+
1,268 m
↘️
D-
[1,153 m/2,725 m]
🏔
Altitude [min/max]
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Aup Martin ou pas ?

Cette fois, il n'y a pas réellement eu de dilemme. Les dernières recommandations des équipes du Parc datant du 12 juin 2026 disent :

Les deux plus hauts cols du GR54, le col de l’Aup Martin et le pas de la Cavale, sont complètement enneigés. Nous vous déconseillons vivement de vous engager en direction du premier : le versant nord du col de l’Aup Martin est extrêmement raide et il est très rarement parcouru en début de saison. Pour gagner le pré de la Chaumette, mieux vaut emprunter la variante du GR54A via le col de la Pousterle, le vallon du Fournel et le pas de la Cavale, moins raide.

Face à l'absence de nouvelles recommandations, malgré les fortes chaleurs, j'ai considéré qu'en si peu de jours, les conditions n'avaient pas changé. D'ailleurs, elles peuvent même changer pour le pire, étant donné qu'une neige molle, et potentiellement des ponts de neige, sont bien plus dangereux qu'une neige tassée et gelée, traversée avec crampons.

C'est certes moins sympa, mais je m'engage donc sur la variante 54A qui passe par Puy Saint-Vincent. Petite mention spéciale pour le Sentier des Trolls mis en place dans la montée afin de rendre la randonnée plus ludique pour les enfants. Ce sont d'excellentes initiatives pour donner aux enfants le goût de la marche en montagne.

Depuis hier, une pointe au mollet gauche a commencé à se signaler, mais je note que pour le moment c'est raisonnable.

Dans la montée, Route de la Pousterle, il y a un troupeau avec deux gros patous qui montent la garde. L'un deux est un peu plus virulent que l'autre et étant donné qu'il n'y a pas de clôture, il suit de manière assez insistante. Pour ma part, je ne marche jamais avec des bâtons, mais si vous en avez, anticipez et rangez-les avant d'arriver à ce point. Ensuite, marchez lentement et calmement en regardant le sol comme une victime. Après les maisons, il se calme et retourne à sa besogne. Surtout pas d'élévation de voix ou de gestes brusques.

Un peu plus haut c'est un autre animal qui sévit, bien plus dangereux celui-là : le moustique ! Pour je ne sais quelle raison, un tronçon menant jusqu'au Col de le Pousterle en est infesté. Je distingue les deux filles aussi parties de Vallouise ce matin, un peu plus loin, qui font une halte pour s'asperger de répulsif, habile. N'en n'ayant pas sur moi, je décide juste d'accélérer le pas pour passer au plus vite ce tronçon.

Après avoir salué les chevaux, on distingue le panorama sur le Vallon du Fournel. La température commence réellement à être insoutenable au fur et à mesure que l'on descend, jusqu'à atteindre la mini-centrale hydro-électrique. À ce moment, on bascule dans les sous-bois, apportant une fraîcheur bienvenue. Attention toutefois, étant donné que nous sommes en début de saison, les herbes sont encore très hautes, il convient donc à partir de ce point, de vérifier régulièrement la présence de tiques sur son corps.

Bien que le cadre soit enchanteur, je dois avouer avoir un peu de mal à apprécier car j'aurais réellement préféré passer par la montagne, mais c'est ainsi. Il est temps de faire une petite pause collation. Il convient d'ailleurs de profiter de l'ombre avant de passer le Jardin de Chardons car ensuite, ce sera de la montée en plein soleil. On note tout de même la présence de quelques mélèzes derrière lesquels se cacher, mais elle est très exposée. Aucune difficulté particulière en revanche, et on remarque que le sentier est en train d'être élargi par les équipes du parc, en voyant les éclats de schistes ainsi que la grosse machine, digne de Mad Max.

L'avantage du balcon par rapport à la forêt est qu'il permet de voir le point final qui nous intéresse, en l'occurrence, le Pas de la Cavale que l'on devine au loin. Je rejoins Serge Girard, lorsqu'il fait l'éloge de la ligne droite dans son ouvrage Philosopher en courant. Malgré la pointe au mollet qui est revenue, paradoxalement je me sens mieux dans cette montée. Probablement le goût de l'effort.

On sent bien que la saison n'a pas encore commencé lorsqu'on distingue à peine le sentier traversant les champs de pissenlits et les toiles d'arraignées qui s'attachent aux jambes.

Étant donnée la chaleur, je profite de chaque passage de torrent pour m'asperger d'eau. N'ayant pas été assez prévoyant, je n'ai pas de gourde filtrante donc je conserve mon eau comme un précieux et ne bois qu'à petites gorgées. J'ai des pastilles en cas de gros soucis, mais je préfère autant éviter si je peux.

Une marmotte m'a sorti de ma marche méditative avec un cri strident près de la cabane du berger. Notez d'ailleurs qu'il y a une "cabane GR" de l'autre côté. Je ne suis pas allé voir dedans, mais en cas de souci (e.g. orage), elle offre sûrement un bon refuge temporaire.

On arrive enfin en bas de la montée finale vers le Pas de la Cavale. Après avoir traversé le névé, le balisage est difficile à distinguer car c'est du schiste très friable. Au bout d'un moment, je me résigne, à contre-coeur, à ne plus nécessairement suivre le sentier qui passe par des névés, mais à monter franchement tout droit dans la roche. Les cuisses brûlent, le sac accuse son poids, le souffle se fait court, mais on rejoint rapidement le sentier final qui mène jusqu'au col.

J'y retrouve les deux frères belges, la cinquantaine, arrivés un peu avant moi, qu'on retrouvera dans la suite du récit. Je n'ai eu aucun mal à définir leur pays d'origine dès leur première phrase : "Hé dis tu montes sans bâtons ?!". Ils m'ont proposé des cacahuètes, le plus jeune des deux m'a fait l'éloge de sa montre Sunto qui indique toutes les informations du parcours... j'ai tout de suite su que nous allions partager un très bon moment.

Peu après, arrivent coup sur coup Juan et Luis, les deux espagnols. Je suis enchanté de voir que Juan a passé la difficulté d'hier sans encombres. Je remarque d'ailleurs qu'ils arrivent du Col de l'Aup Martin ! Ils ont décidément un niveau bien supérieur, même si j'ai appris que Juan a traversé un pont de neige et s'est retrouvé enseveli jusqu'à la poitrine.

Les deux étaient suivi d'un autre compagnon de route qu'on retrouvera, le ch'ti. Pour lui, ça a été une autre paire de manche. J'ai vraiment ressenti de la peine pour lui lorsqu'il est arrivé à la limite des larmes, expliquant qu'il voulait abandonner et que sans les espagnols pour l'aider, il y serait resté. La montagne ne plaisante vraiment pas. Il faut toujours bien se renseigner avant de s'engager.

Je les laisse tous discuter et j'engage la descente, certes pentue, mais sans difficulté particulière, menant jusqu'au Pré de la Chaumette et son refuge éponyme. Durant cette dernière, je croise un autre compagnon qu'on retrouvera, Pierre, lui aussi passé par le Col de l'Aup Martin, et qui a cru "y passer" également. Décidément.

On finit tous par se retrouver au refuge pour débriefer de cette journée chargée en émotions, autour d'une petite bière, qui fait du bien.

L'un des belges nous a d'ailleurs montré ce que lui ont fait les moustiques évoqués un peu plus haut. Ils ne l'ont vraiment pas raté ! Ça m'a fait penser à cette réplique.

Le refuge, géré en famille, est vraiment super, on s'y sent très bien. Je n'y ai pas mangé, mais une douche chaude y est possible moyennant quelques euros.

Un peu plus tard sont arrivées les deux filles de ce matin ainsi que Jérémy et Cheikh qu'on retrouvera dans la suite du récit.

La fatigue faisant, une fois les repas avalés et les corvées usuelles faites, femmes et hommes se couchent en même temps que le soleil.

Ayant de nature un sommeil très léger, je me lève durant la nuit pour admirer, une fois n'est pas coutume, les étoiles.

Tu l'as vue ?!


Étape
5

Pré de la Chaumette ➡️ La Chapelle en Valgaudemar

via Col de la Vallette, Col du Gouiran, Col de Vallonpierre, Lac de Vallonpierre, Le Rif du Sap
26 km
🥾
Distance
07:01:00
⏱️
Durée en activité
1,169 m
↗️
D+
1,889 m
↘️
D-
[1,096 m/2,669 m]
🏔
Altitude [min/max]
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"Il dort encore lui ?!". C'est la première phrase que j'ai entendue ce matin en rangeant les affaires dans la tente avant d'en sortir. C'était bien un des belges, déjà prêt à décoller. Je réalise d'ailleurs que tout le monde a remballé, mais je ne m'afolle pas, il n'est que 7h.

Les deux filles sont encore là et je vois qu'elles ont une trousse de soins. L'une d'elle est infirmière. Je demande gentiment si elle peut m'enlever une écharde du doigt, que je me suis bêtement plantée en essayant de redresser un panneau balise hier. Bien que très enfoncée dans la peau, ce n'est qu'une formalité pour elle : "Merci, tu m'enlèves une sacrée épine du pouce !". Après ce trait d'esprit et avoir discuté un peu, nous nous préparons à décoller.

Hier, nous avons regardé les conditions d'enneigement "en direct" sur l'application à laquelle Pierre est abonné. Il semble y avoir encore de la neige au niveau des différents cols, mais ça devrait passer.

La montée depuis le refuge commence par le premier pierrier de l'aventure. Ce n'est clairement pas le GR20 où ces derniers sont légion. Et ça n'est pas plus mal car ils demandent beaucoup de vigilance.

Petit à petit, je rattrape Luis, puis Juan, puis le monsieur timide qui a dormi derrière le gros rocher au bivouac. Enfin, je rejoins les belges accompagnés du ch'ti, à la fin de la montée du Col de La Vallette. "Dis donc tu as des jambes !", "Man, you're strong !", "Sans indiscrétion, tu as quel âge ?". Je ne sais jamais trop quoi répondre lorsque je reçois des compliments, au risque de paraître prétentieux, mais dans tous les cas çe me fait plaisir de les entendre. Je voulais répondre "Vous voyez rien ne sert de partir à point, il suffit de courir.", mais on ne se connaît pas assez et je serais passé pour un con***d.

Au final, il y a bel et bien de la neige pour grimper jusqu'au Col du Gouiran, mais celle-ci est globalement hors sentier donc l'ascension se fait sans difficulté particulière. Seuls quelques névés sont à traverser avec précaution. La descente en revanche est un peu plus pentue et étant en schiste, elle glisse un peu.

Depuis le Gouiran, on distingue très bien les lacets qui montent jusqu'au Col de Vallonpierre. La seule difficulté technique réside dans un des névé qui a commencé à s'effondrer. Avec le schiste glissant, il a fallu ruser un peu pour passer sans marcher dessus, mais en prenant le temps, ça passe bien.

Ensuite, il suffit juste de suivre les lacets, la pente est belle, jusqu'au Col. Je croise d'ailleurs Pierre, qui est parti plus tôt que tout le monde. Arrivé en haut, je pose le sac pour aller jusqu'au Pic de Vallonpierre, un peu plus haut. Si vous en avez la force, je recommande car ce n'est pas technique du tout et offre une magnifique vue à 360°. J'ai d'ailleurs été très intrigué par cette langue d'herbe, posée, là, au milieu de nulle part.

Je redescends ensuite jusqu'aù Refuge de Vallonpierre pour prendre un café, car je suis parti à jeûn, afin de ne pas trop accumuler de retard. Je réalise que j'ai encore été trop économe en eau lors des ascensions du matin et qu'il faut absolument que j'arrive aux points d'eau quasiment à vide, afin d'assurer une hydratation correcte. Le refuge et les montagnes aux alentours se reflètent dans le Lac de Vallonpierre attenant, c'est magnifique.

À partir de ce point, on entame la descente vers La Chapelle en Valgaudemar. On quitte les montagnes de schistes pour entrer dans un jardin géant où les fleurs et autres plantes ont pris toute la place qui est la leur, le long du Torrent de Vallonpierre et de La Séveraisse qui se rejoignent pour ne former qu'un.

On traverse tantôt la Grande Allée avec plein de fougères (qui peuvent cacher des orties !), tantôt la Grande Allée avec plein de moutons et pour finir avec la Grande Allée avec plein de cailloux. On longe le lit du torrent, il fait chaud, nous revoilà en Provence. D'ailleurs il ne fait pas chaud, il fait lourd. Il ne fait aucun doute que l'orage arrive.

Une fois le réseau revenu, je confirme. Je décide donc de me contenter d'une barre de céréales en guise de déjeûner et d'accélérer le pas. Je ne suis certes plus sur les hauteurs, mais je n'ai clairement pas envie d'évoluer avec tout le sac mouillé jusqu'à l'os.

La descente est longue et le village semble bien loin, mais je finis par y arriver aux alentours de 15h. Il est clairement trop tôt, j'aurais aimé pousser jusqu'au Refuge des Souffles, mais l'orage terrible qui va s'abattre un peu plus tard, ainsi que le constat de la montée que je ferai le lendemain, me convaincront que c'était la bonne solution.

J'ai d'ailleurs pris un lit au Camping Les Marines. Ce n'était vraiment pas beaucoup plus cher que l'emplacement tente et au moins je dors au sec. Notez que c'est le seul établissement commercial que je mentionne explicitement car j'ai vraiment pris en amitié la petite dame qui gère ce camping, avec qui j'ai pris beaucoup de plaisir à échanger. Elle dispose d'une chambre de 2 lits ainsi que d'un dortoir de 6 lits. Et j'ai eu la chance d'avoir la chambre pour moi tout seul (i.e. aucun ronfleur).

Le temps de faire des petites courses à l'épicerie de l'autre côté du village (elle ouvre à 16h), je vois arriver les belges, le ch'ti, ainsi que Pierre. Aucune nouvelle des deux filles ainsi que des espagnols à partir de ce point. J'espère qu'ils ont bien passé l'orage sans difficultés.


Étape
6

La Chapelle en Valgaudemar ➡️ Valsenestre en Valjouffrey

via Villar Loubière, Refuge des Souffles, Col de la Vaurze, Le Désert en Valjouffrey, Col de Côte Belle
31 km
🥾
Distance
10:17:25
⏱️
Durée en activité
2,499 m
↗️
D+
2,259 m
↘️
D-
[1,034 m/2,488 m]
🏔
Altitude [min/max]
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Cette journée est d'après moi la plus dure de ce trek. Pas tant en terme de difficulté technique, mais physiquement.

Devant mon bol de flocons d'avoines ramolis au lait réhydraté, je suis bien content de goûter le bon fromage que les belges ont eu la présence d'esprit d'acheter au Refuge du Pré de la Chaumette et de le partager, toujours aussi généreusement avec nous.

Nous échangeons les politesses usuelles et nous souhaitons bonne chance, sachant que nous ne nous reverrons probablement plus, vu que je prévois de "doubler" l'étape.

L'étape commence tout doucement par du plat jusqu'à Villar Loubière. Ça permet de se mettre tranquillement en jambes avant d'entamer la montée vers le Refuge des Souffles, qui est assez soutenue. Je suis bien content de ne pas l'avoir faite hier. Soyez vigilants sur le petit tronçon de route, où, à cette heure matinale, les artisans se hâtent à commencer leur journée de travail.

Durant la montée, sortie de nulle part, une biche apparaît et commence à m'aboyer dessus. Je suis désolé ma chère, mais j'ai le droit d'être ici aussi, et ne t'inquiète pas, ton petit, si c'est ce dont il s'agit, ne craint rien avec moi. Elle s'en est vite rendue compte et à rapidement vaqué à ses occupations.

Le Refuge des Souffles est niché sur son promontoir, offrant un vue magnifique sur les pics et cols environnants, dont celui qu'on va passer juste après : le Col de la Vaurze. J'y retrouve Jérémy et Cheikh qui ont dormi à Villar Loubière. On fait un peu plus connaissance et ils me recommandent le cookie. M'étant plutôt (volontairement) privé jusqu'ici, je cède à la tentation. Et effectivement il est très bon, avec une mention toute particulière aux petites pâtes de fruits aux coings du chef, généreusement offertes.

Un peu comme pour les précédents, le personnel de ce refuge est vraiment très sympathique. De manière générale, lors de votre visite, dans la mesure du possible, essayez toujours de consommer un petit quelque chose et pas seulement de remplir vos gourdes et d'aller aux toilettes. Ainsi, on assure leur pérennité et leur survie, afin qu'ils soient toujours là, pour nous offrir un petit lieu de réconfort dans l'effort.

La montée vers le col commence tout doucement. Il y a tout de même des torrents très encaissés, où les névés sont encore présents, mais parfois à demi-effondrés. Il y a des câbles pour se tenir sur les parois un peu tendues, il convient alors d'être très vigilant lors de leur passage car la roche est très glissante. D'ailleurs, on note que le schiste a laissé sa place à de la roche brute et ferreuse.

Je rejoins mes deux compères dans la montée et nous nous amusons à la passer avec des petits défis. Ceci étant, je ne l'ai même pas vue passer cette montée. Hormis quelques névés, elle ne comporte aucune difficulté particulière.

Je les laisse au col car Jérémy souffre d'une ampoule de l'espace au talon. J'entame la descente, et comme annoncé dans le dernier bulletin officiel, elle est loin d'être simple :

Pour traverser du Valgaudemar au Valjouffrey, la neige a fondu au col de la Vaurze. Mais dans la descente vers le Désert, le sentier est très dégradé et glissant. Nous vous recommandons donc la plus grande vigilance.

Effectivement, elle est très pentue et la neige recouvre le sentier. Je décide donc de descendre en longeant le bloc de neige, mais c'est de nouveau du schiste et c'est très glissant. J'inaugure enfin le seul bâton que je me suis procuré pour l'occasion. J'effectue la descente en pas chassés avec le bâton comme appui. Il suffit de prendre son temps, de se pencher épaule gauche vers le sol et d'y aller tout doucement. Les genoux n'apprécient pas beaucoup ce mouvement, mais il m'a semblé être le plus pertinent pour descendre, bien que probablement peu académique. À chacun de trouver sa technique.

Très vite, le sentier redevient normal et on descend tranquillement vers Le Désert en Valjouffrey. Il y a tout de même un pierrier avant d'y arriver, qui demande un peu de vigilance.

Arrivé au village, le moins que l'on puisse dire c'est qu'il porte très bien son nom. Il n'y a pas un chat. Enfin si, un sous une brouette. Ou plutôt une, car si on regarde bien sous la porte... Aucun n'a été assez téméraire pour venir à ma rencontre à mon plus grand désarroi.

Je remplis mes gourdes au niveau des fontaines et déjeûne très rapidement car les mouches et les racailles n'offrent aucun répit et vous dévorent vivant si vous avez le malheur de rester ne serait-ce que cinq secondes statique.

Vous vous demandez sûrement ce que sont ces "racailles" mentionnées plusieurs fois jusqu'à maintenant. Et bien les racailles, ce sont ces petites mouches sans envergure, habillées en survêtement motif guêpe pour faire les caïds. Tout le monde sait qu'elles sont inoffensives. Mais elles sont sacrément enquiquinantes à voler de façon stationnaire à deux centimètres de votre visage. De leur vrai nom, les syrphes.

Après cet aparté nature, j'entame le second col de la journée, le Col de Côte Belle. Psychologiquement il est difficile car on évolue, dès le début, dans un pierrier en fond de ravin sous le soleil de plomb de la mi-journée. Attention à ne pas s'aventurer trop loin tout droit dans le ravin. Un pannonceau à gauche montre le chemin, à droite, qui n'est au demeurant pas très visible.

C'est littéralement le col le plus dur jusqu'à présent. Il n'offre que peu de répit, ça monte fort, en plein soleil, parfois tout droit, en plein milieu. La végétation un peu dense n'aide pas et les insectes volants, intrigués par nos corps, nous accompagnent, à l'insu de notre volonté, tout le long. C'est vraiment à se demander comment les névés peuvent encore persister avec une telle chaleur.

Vers la fin, on retrouve des lacets "conventionnels". Toutefois, l'hiver et l'érosion ayant fait leur oeuvre, ces derniers se confondent avec les ravines et ils sont parfois difficiles à distinguer. On essaie donc de déterminer le chemin comme on peut, en limitant au maximum l'impact sur l'érosion déjà bien entamée.

Tant bien que mal, on atteint finalement le sommet où un brin d'air permet de se rafraîchir un peu.

Après un peu de repos bien mérité j'entame la descente. Et là je suis subjugué par ce que peut produire la nature. Le chemin est littéralement jalonné de sculptures monumentales en schistes. On dirait qu'une espèce d'artiste contemporain est venu les poser là, alors que ce sont simplement les éléments qui les ont façonnées.

Je croise alors un couple qui me demande s'il y a de l'eau en haut. Les deux sont écarlates, à sec. Ils prévoient de dormir au col. Mes gourdes étant presque à sec, je ne peux malheureusement pas les aider, mais je les mets en garde sur le fait qu'il n'y a pas vraiment d'eau en haut et que le vent souffle fort. Ils se résignent à faire bouillir de la neige. J'espère que ça a été pour eux.

Un peu plus bas, je croise un chamois ! Nous nous observons mutuellement puis il finit par s'enfoncer dans les bois pour continuer son petit bonhomme de chemin, en toute tranquilité.

La fin de la descente se fait en sous-bois. Notez que ni Valsenestre, ni la zone de bivouac ne sont sur le GR. Il faut donc en dévier et revenir sur nos pas le lendemain. Juste après la zone de bivouac et avant le village, il y a des poubelles ainsi que des sanitaires très bien entretenus. Je m'aventure au village et pousse jusqu'au bout, où je trouve le gîte afin d'y prendre un petit quelque chose pour récompenser cette belle et dure journée.

J'y rencontre un groupe qui fait également le GR. La plupart d'entre eux sont équipés de prothèses. Et je tiens vraiment à leur porter mon chapeau car je sais que ça doit être très difficile pour eux de grimper ainsi, sur des terrains parfois très compliqués.

Je fais quelques provisions et me dirige vers les sanitaires pour faire une petite toilette ainsi que manger sur les tables prévues à cette effet, afin de disposer des commodités pour faire la vaisselle ensuite. Et c'est là que je fais la rencontre du petit animal roux et rusé que tout le monde méprise alors qu'il est tellement mignon. Il m'a bien vu, mais n'a pas eu trop peur. Tel un félin dans la savane, il était en quête de son dîner dans les hautes herbes. J'ai juste espéré qu'il trouve quelque chose à se mettre sous les crocs afin qu'il ne vienne pas gratter sous ma tente en pleine nuit. Ce qui a été le cas manifestement car je ne l'ai pas revu.

En installant mon bivouac, je vois arriver une jeune fille, très tard, et manifestement fatiguée. Nous nous saluons rapidement et chacun continue ses activités. Ça se trouve elle est championne de karaté, mais je me mets tout de même à sa place et me dit qu'elle peut se dire "Je suis seule, en forêt, et il y a un gars au bout, que je ne connais pas. Je ne vais pas dormir sereinement.". Peut-être que oui, peut-être que non, mais c'est comme ça, malheureusement. N'étant pas spécialement avenant de nature, je décide malgré tout de sortir de ma zone de confort, afin de lui enlever tout inquiétude. Allant remplir mes gourdes un peu plus bas, je lui propose d'aller remplir les siennes vu que ce n'est pas à côté. Au retour, nous discutons un peu, je l'avertis sur le petit compagnon roux qui rôde afin qu'elle prenne ses dispositions et je la laisse préparer son dîner tranquillement. J'espère que grâce à cela, elle a passé une bonne nuit, car je ne la reverrai pas le lendemain matin.


Étape
7

Valsenestre en Valjouffrey ➡️ Le Bourg d'Oisans

via Col de la Muzelle, Lac de la Muzelle, Col du Vallon, Lac du Lauvitel, Les Gauchoirs, Cascade de la Pisse
28 km
🥾
Distance
09:50:50
⏱️
Durée en activité
1,668 m
↗️
D+
2,305 m
↘️
D-
[730 m/2,604 m]
🏔
Altitude [min/max]
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C'est déjà le dernier jour !

La nuit a été légère car les chiens gardant le troupeau un peu plus loin n'ont cessé d'aboyer. Je mise une pièce sur le renard qui a bien dû les enquiquiner.

En parlant de canidés, je me suis fait contrôler lorsque je repliais le bivouac. Je le vois arriver, lourd et pataud, tel un douanier américain, tout de blanc vêtu. Je le laisse renifler le matériel, mes jambes, mes pieds... conformément au petit écriteau que le berger a laissé à l'entrée du sentier. Après m'avoir regardé dans les yeux de façon persistente pour voir si je n'avais rien à cacher, il appose son tampon (petit pipi sur une souche) et s'en va, comme il est arrivé, en déclarant "Ok tout est en ordre ici !".

J'appréhende un peu cette journée car toujours d'après le bulletin officiel :

Ce n’est pas le cas au col de la Muzelle, où un névé recouvre une partie du sentier dans la partie raide en versant sud.

D'ailleurs, on voit très bien le col au loin et je me demande sincèrement par où on va passer.

J'entame la montée par le pierrier où les cairns sont les bienvenus car le chemin n'est pas facile à déterminer. Ensuite, on monte sur la gauche et tout est mieux balisé.

À l'arrière, je distingue un couple de trailers qui étaient arrivés très tard au gîte car je les ai vus dévaler la descente afin de s'y précipiter avant qu'ils ne ferment la cuisine. Lui a l'allure d'un coureur des années 70 avec ses longs cheveux et sa longue barbe alors qu'elle est le stéréotype de la traileuse américaine, grande et élancée. Tous deux arborent des muscles saillants. On devine qu'ils ont un certain niveau et que leurs ancêtres ont débarqué en Normandie depuis le grand nord, il y a bien longtemps.

Étonnamment, à un moment ils ont cessé de réduire l'écart avec moi et je ne les ai plus revus. Par contre, je commence à distinguer les petites silhouettes de Jérémy et Cheikh dans la montée. Et la vue de leurs sacs m'a rassuré : bien que sur de tous petits lacets sur le schiste noir, le chemin semble être évident. C'est un GR après tout, je me suis sûrement inquiété pour rien.

Soudain, j'entends un grondement et un cri. Des pierres dévalent le vallon de l'autre côté et le cri est sûrement celui du viking. Fort heureusement, je les distingue un peu après, continuant leur marche normalement.

Je ne sais pourquoi, ça m'a mis un coup de boost (ou les chocottes ?), j'ai donc accéléré le pas. J'excelle et j'apprécie tout particulièrement les petits lacets car ils permettent d'imprégner un rythme régulier en évoluant avec des petits pas, sur la pointe des pieds, à fréquence élevée. C'est grisant.

Toutefois, je distingue bien le névé en haut. Mais je vois que mes deux compères ont atteint le col. Et effectivement, le névé n'est plus sur le chemin : on peut facilement passer à côté. Bien que le schiste glisse encore un peu, c'est sans difficulté. En revanche, je n'en n'aurais pas dit autant quelques jours auparavant. Même s'il est orienté au Sud, le col étant bien encaissé, il a dû mettre du temps à fondre.

J'arrive finalement au col, où je retrouve les deux et considère que le plus dur est fait.

La descente se fait dans la neige, mais c'est trivial. Jérémy, souffrant encore du talon, et essayant de réduire au maximum le nombre de pas, descend même sur le derrière. Cheikh a essayé, mais en short, gare aux fesses, car ça brûle !

On prend un petit quelque chose au Refuge de la Muzelle où un patou, caché à l'ombre, a déclaré qu'aujourd'hui il n'aboierait sur personne.

Souhaitant profiter de l'élan pour effectuer la dernière montée de ce trek, celle menant au Col du Vallon, je me remets en route. Elle ne présente aucune difficulté, hormis quelques névés encore bien solides.

Arrivé en haut, je considère vraiment que le plus dur est fait. Et devant la discussion qu'on a eue avec un gars qui venait du Lac du Lauvitel, je décide de déjeûner au col, en toute quiétude, avant de redescendre dans la foule pour de bon. Une petite marmotte pas farouche du tout s'est même approchée pour glaner des friandises. La pauvre est mal tombée, je n'avais rien et de toute façon, je ne lui aurais rien donné pour son bien.

Même si le plus dur est fait, la descente n'est pas à négliger car elle comporte quelques passages délicats, à flan de falaise, et également un névé particulièrement bien effondré. D'ailleurs, en voyant quatre grands gaillards américains peiner à le traverser, et le fragiliser par la même occasion, j'ai décidé de le contourner par le bas, quitte à remonter ensuite. Je les ai sentis un peu bête en me voyant passer ainsi. Ça m'a fait sourire.

Au fil de la descente, on croise les gens "normaux" qui vont bivouaquer au Lac de la Muzelle pour le week-end, avec un équipement parfois très "urbain".

Finalement, on arrive au Lac du Lauvitel, où en réalité, ça va. J'ai craint une fréquentation digne du Lac d'Annecy un dimanche, mais en réalité c'était acceptable. Nous faisons une petite baignade avec Cheikh en attendant Jérémy. Ce moment de plaisir, cette quiétude, ce goût du trek achevé, où on plaisante de tout et de rien, reste gravé dans ma mémoire.

À cause de violentes avalanches qui ont eu lieu durant l'hiver, le sentier classique par la rive gauche est fermé. Il faut donc passer par la rive droite moins sympa.

En faisant une halte à une fontaine, je sens qu'ils n'ont pas la foi de faire la dernière dizaines de kilomètres menant jusqu'au Bourg d'Oisans. Nous nous quittons donc avec les formules usuelles et je me lance dans cette longue ligne droite jusqu'à la ligne d'arrivée.

Après encore quelques kilomètres de descente, je finis par rejoindre le plat, le long plat, menant jusqu'au Bourg d'Oisans, en passant par la Cascade de la Pisse ainsi que le Lac du Buclet. Je rejoins finalement une petite route, heureusement peu empruntée, qui mène jusqu'au village.


L'après

Ce GR54 est à n'en pas douter dans le top des plus beaux GRs de France. Pas forcément étonnant lorsqu'on sait qu'il traverse un Parc National qui comporte "Écrin" dans son nom. Que ce soit le matin, le soir, ou en plein après-midi, sous un soleil de plomb, les paysages sont à couper le souffle. La vue des sommets enneigés et majestueux de tous les côtés est un plaisir de tous les instants.

Le fait de le faire en hors saison a été à mon sens, une très bonne idée. En effet, ce n'était pas une autoroute à randonneurs et j'ai pu marcher seul, comme j'aime, mais aussi accompagné, parfois, avec des personnes toutes plus sympathiques les unes que les autres. Le fait de partager ce genre d'activités avec de simples inconnus crée cet esprit de groupe et de communauté, pleine d'entraide et de partage. Alors oui, on ne se reverra probablement jamais, mais ça n'en reste pas moins de très beaux moments.

L'effectuer en 7 jours au lieu de 10 à 15 jours ne me semble pas insurmontable. En poussant un peu chaque jour, j'aurais sûrement pu le faire en 6 jours, mais après tout, ces optimisations d'apothicaire comptent-elles vraiment ? Il y a certes le côté "sportif" qu'on veut toujours améliorer, mais il faut toujours le balancer avec le fait de prendre le temps d'observer et de contempler ce qui nous entoure. Typiquement, je ne suis pas trop de ceux qui font un plongeon dans chaque cours d'eau durant la journée. Si c'est votre truc, faîtes-le. Ce ne sont pas 30 minutes de pause qui vont changer quoi que ce soit.

Porter tout le matériel de bivouac seul est indéniablement un grand consommateur d'énergie. Mais c'est largement compensé par la liberté de bivouaquer où bon nous semble (dans le respect des règles du Parc National, naturellement), sans avoir la pression quotidienne d'arriver au refuge à la bonne heure. L'autonomie complète avec le réchaud offrent indéniablement cette liberté que l'on recherche tous.

Il faut aussi parfois savoir se contenter de peu. Parfois, on ne mange pas ou on se contente de flocon d'avoine matin, midi et soir. Parfois on doit boire moins pour ne pas se retrouver à sec, seulement après quelques kilomètres. C'est important de trouver du plaisir dans la privation.

Pour le mot de la fin, j'espère retourner dans le Parc bientôt, pour monter plus haut, et aller voir le Refuge d'Adèle Planchard car semble-t-il, il s'y est passé quelque évènement fantastique à l'époque.